L'un des plus grands bordels d'Europe, « Pascha », à Cologne
par Tom Sims
Le parquet de Cologne enquête sur trois employés d'une banque régionale allemande, la Volksbank Koeln Bonn, soupçonnés de corruption dans le cadre d'une affaire de financement de "Pascha", l'une des plus grandes maisons closes d'Europe, selon une source proche du dossier
Un membre du conseil d'administration et deux autres personnes travaillant pour la banque font l'objet d'une investigation, a précisé cette source anonyme.
L'avocat du membre du conseil d'administration a déclaré que son client niait toute malversation. Reuters n'a pas pu établir l'identité des deux autres employés de la banque.
Il s'agit d'un prêt de cinq millions d'euros accordé en 2021 à un investisseur chinois pour l'acquisition de l'immeuble de 12 étages, après la faillite de la maison close, à Cologne, dans l'ouest de l'Allemagne, où la prostitution est légale, selon des documents d'entreprise, des registres fonciers et des sources proches du dossier.
La Volksbank Koeln Bonn a déclaré dans un communiqué avoir mandaté en juillet un cabinet d’avocats dont le nom n’a pas été divulgué afin de mener une enquête indépendante sur cette opération, visant à déterminer si un membre de son conseil d’administration avait "éventuellement tiré un avantage personnel" de cette transaction. La Volksbank Koeln Bonn n’a fourni aucune autre précision concernant ce prêt.
Cependant, l'enquête du parquet de Cologne est plus vaste. Elle porte sur un éventail plus large d'allégations, notamment la corruption, les pots-de-vin dans le cadre d'opérations commerciales et l'abus de confiance.
La source a précisé que deux personnes extérieures à la banque, dont un avocat non identifié, étaient également visées par l'enquête, sans toutefois fournir davantage de détails sur les accusations portées contre elles.
Reuters n'a pas pu établir leur identité.
ENQUÊTE DE L'AUTORITÉ DE RÉGULATION FINANCIÈRE
Une deuxième source directement informée a indiqué que l'autorité de régulation allemande, la BaFin, avait également interrogé la banque au sujet de ce financement.
La Volksbank Koeln Bonn a expliqué que sa propre enquête reposait sur le principe de la présomption d’innocence et que le membre du conseil d’administration, dont elle n’a pas révélé le nom, serait en congé pendant sa durée.
L'avocat Markus Lehmkuehler a déclaré qu'il représentait ce dernier, identifié comme étant Juergen Neutgens. Cette révélation est intervenue après que Reuters a tenté de contacter Juergen Neutgens sur LinkedIn.
C'est l'un des trois membres du conseil d’administration de la Volksbank depuis 2018. Il a nié toute faute et a refusé de commenter tout contact éventuel avec l'autorité de régulation, selon son avocat.
La BaFin s'intéresse particulièrement au versement éventuel d'une commission occulte au membre du conseil, a indiqué la source anonyme. Reuters n'a pas pu établir qui avait reçu la commission occulte présumée, ni la raison de ce versement.
"Mon client n'a reçu aucun paiement à aucun moment", a déclaré Markus Lehmkuehler dans une réponse écrite aux questions. "Il estime que l'enquête en cours démontrera que les accusations portées contre lui sont sans fondement", a-t-il ajouté.
L'investisseur chinois, identifié dans les documents de la société sous le nom de Hu Jing, n'a pas répondu aux messages de Reuters concernant le prêt envoyé à un numéro de téléphone figurant dans ces documents. Un avocat de Hu Jing en Allemagne a déclaré qu’il n’y avait "aucune indication, quelle qu’elle soit, que le propriétaire ou l’exploitant de l’établissement fasse l’objet d’une enquête".
André Wienstroth, directeur du "Pascha", qui gère la maison close depuis sa réouverture après son rachat par Hu Jing, a déclaré que sa société louait les locaux et n’avait rien à voir avec le prêt.
Reuters n’a pas été en mesure de confirmer cette information de manière indépendante.
Les Volksbanken allemandes sont des banques coopératives détenues par leurs sociétaires qui constituent un pilier du secteur financier de la plus grande économie européenne. Elles accordent rarement des prêts aux étrangers et évitent généralement toute activité susceptible de nuire à leur réputation.
(Reportage Tom Sims; Avec la contribution de Claire Fu à Singapour; Version française Rihab Latrache, édité par Augustin Turpin)

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